LE 19 NOVEMBRE 1944.
UN FAIT D'ARMES.
Nouvelle rédaction 31 janvier 2026.
Né le 14 février 1916 à TAULÉ (Finistère).
Mort au combat
le 23 novembre 1944 à MULHOUSE (Haut-Rhin) – caserne LEFEBVRE.
Fils de Bernard Marie Raoul CARRELET de LOISY (1877-1954). Ancien commissaire de la Marine et d’Henriette DU PARC (1891-1955).
Bien que né en Bretagne (mutation de son père à BREST), sa famille est originaire d’ARCEAU, un village de la Côte-d'Or.
Fratrie : Michel CARRETET de LOISY (1912-1973) – François CARRETET De LOISY (1919-1978) – Philippe CARRETET De LOISY (1921-1987) – Jeanne Françoise CARRETET De LOISY (1923-2006).
Études secondaires au lycée CARNOT à DIJON (Côte-d'Or).
1931. Études de mathématiques à AUTUN (Saône-et-Loire) – Préparatoires aux grandes écoles au lycée Sainte-Geneviève à VERSAILLES (Yvelines).
Malgré deux années de très bonnes études, il ne parvient pas à entrer à l'école navale. Son rêve durant son enfance, aller sur les traces de son père, s’éloigne
La mort dans l’âme, il prend tout à coup le parti de suivre le chemin des écoles militaires de SAINT-CYR et de SAUMUR (Maine-et-Loire)
Après deux ans à SAINT-CYR, il sort en 1939, 53ᵉ sur 380 élèves de la 124ᵉ promotion « Marne et Verdun ». Il est affecté au 15ᵉ régiment de dragons portés,
Il participe à la campagne de France au sein du 2ᵉ régiment de cuirassiers, (unité de la division légère mécanique (D.L.M.) .
Mai 1940. Lors des combats en Belgique à GEMBLOUX (région wallonne), il obtient sa première citation à l’ordre de l'armée.
Aussitôt évacué vers l’Angleterre, avec les restes du 2ᵉ Cuirassiers, il rejoint la France et prend une part active lors des affrontements de la Loire.
Le 22 juin 1940 à DANGÉ-SAINT-ROMAIN près de CHÂTELLERAULT (Vienne), il se distingue de nouveau par le courage et le calme qu’il démontre durant le repli de sa division prise sous un feu d'artillerie. (seconde citation à l’ordre de la brigade).
Après l'armistice, à NONTRON (Périgord), où il rejoint les troupes restantes de la 3e D.L.M., il demande et obtient un poste en Syrie. Le 31 octobre 1940, il est à MARSEILLE pour prendre la mer vers le Moyen-Orient.
Le 3 novembre, il se trouve à MESSINE (Sicile) ; le 6 à BEYROUTH (Liban). De retour à ALEP (Syrie), il intègre le 1er régiment de spahis marocains.Affecté à la surveillance des pistes syriennes du désert, il foule cette terre syrienne chargée d’histoire, DAMAS, D MEIR et s’enfonce dans le désert au nord de PALMYRE.
Note : Après la défaite de l’Empire ottoman lors de la Première Guerre mondiale, la France s’est vue confier par la Société des Nations des mandats sur la Syrie et le Liban.
À D MEIR, une nécropole rassemble les corps de soldats morts pendant le mandat français sur la région, mais également ceux tombés lors de la Seconde Guerre mondiale. La nécropole abrite également des tombes de soldats étrangers et de civils.
Août 1941. Il est rappelé en France. Il prend un congé à Arceau (Côte-d'Or), puis il rejoint TARBES (Hautes-Pyrénées), et ensuite l'Afrique du Nord en tant qu'instructeur à l'école de cavalerie d'HUSSEIN-DEY près d'ALGER.
En novembre 1942, après le débarquement anglo-américain, il prend part à la campagne de Tunisie. Il retrouve à cette occasion son chef de SAUMUR (Maine-et-Loire), le colonel TOUZET du VIGIER qui commande la brigade légère mécanique (B.L.M.). De LOISY est désigné pour rejoindre l'état-major de ce dernier.
En février 1943, la B.L.M est retirée du front tunisien pour être envoyée à l'arrière afin de se rééquiper devant ses équipements, habillements et armements vétustes et inadaptés.
Affecté au 2 R.C.A, De LOISY prend le commandement, d’un peloton de chars moyens (Sherman) au sein du 4e escadron du capitaine De LAMBILLY.
Novembre 1943. Après des mois de durs et pénibles entraînements, le régiment est dirigé vers la côte méditerranéenne (ARZEW). Alors qu’il pense enfin prendre la mer pour la France, il ne s’agit que d' déplacement pour de nouvelles manœuvres.
Entre novembre et août 44, le régiment endure une attente interminable et difficile, gardée au plus strict des secrets. La plupart des hommes étant originaire d' Oran, si proches, des parents et des amis.
À partir du 30 août et durant la nuit du 31 au 1ᵉʳ septembre, les escadrons embarquent les matériels. Le 2 septembre, c'est au tour des équipages de monter à bord des LST (bateaux américains à fond plat).
Après le débarquement, le régiment se déplace à COGOLIN près de SAINT-TROPEZ et, à partir du 10 septembre, il progresse graduellement vers le nord, jusqu'aux environs de MÂCON. Après plusieurs jours d'arrêt pour réviser le matériel et patienter jusqu'à ce que le carburant soit fourni, le 21 septembre, il se dirige vers les Vosges et ensuite, il se rend à LURE (Haute-Saône).
Le 24, Il relève le 2ᵉ cuirassiers et s'engage dans ses premiers combats notamment au col de la CHEVESTRAYE, LAGREVE, MIELLIN (Haute-Saône), c'est aussi malheureusement les premières pertes en hommes et en chars.
Le 10 octobre, au Haut du Them (vallée de l’Ognon), dans un ouragan d’obus et d’armes automatiques, le Saint-Gérard, saute sur une mine, premier char du 4ᵉ escadron « l’escadron d’acier » touché lors de la campagne de France..
Note : « Escadron
d’acier » Le capitaine De LAMBILLY commandant le 4ᵉ escadron, donna à son
escadron ce nom, pour personnaliser la qualité de ses équipages.
Du 14 au 21 octobre 1944. Le régiment est confronté à de rudes combats. à TRAVEXIN et à CORNIMONT (Vosges), lÀ la fin du mois d'octobre, profitant d’une remise en état des chars, les premières permissions sont accordées par le commandant en chef de la 1ʳᵉ Armée.
Le lieutenant De LOISY profite de la proximité de la Bourgogne et du stationnement de son escadron pour retrouver sa famille et passer ainsi la Toussaint avec les siens.
Éprouve-t-il un pressentiment lors de cette
permission à ARCEAU avec sa famille et ses amis ?
A-t-il l’impression qu'un événement va se
passer ?
« Trois semaines avant de mourir, le 5 novembre 1944, ce seigneur écrira à une amie chère ces lignes d’une beauté suprême : "La fête des morts, que j’ai passée en famille, a ranimé en moi, comme s’il en était besoin, les cendres du passé, avec ses deuils, avec ses fastes… »
Il évoque alors en deux mots, parmi ces fastes,
les plus beaux et grands souvenirs de l’ancienne France, et reprend :
« Je serai ridicule de dire avec le poète que c’est au cimetière que je
connais le plus de monde. C’est cependant là que je puiserai les magnifiques
exemples et les belles leçons de la vie, auprès de cette foule choisie et
couchée, qui nous sourirait certainement si elle pouvait encore ouvrir les
yeux. Pour ma part, cette fête des Morts a toujours revêtu un caractère exaltant, cette
année plus que jamais… »
« Et c’est avant la fin de cette année, justement,
avant la fin de ce mois de novembre même, qu'il a écrit ces choses dans la
lumière de quelque brûlant pressentiment qu’il s’en est allé rejoindre, ce
fidèle enfant des hommes, ce poète, la foule couchée, parmi laquelle à son
tour, il nous sourit aujourd’hui. »
Il retourne à deux reprises à ARCEAU durant cette période..
Note : Sources. Ouvrage Gestes français –tome II. Ceux de 44-45. Le jour de gloire est arrivé. Antoine REDIER. Éditions Xavier MAPPUS LE PUY.
Le 15 novembre, à la suite de l'offensive du Doubs, il rejoint de nouveau son escadron pour vivre une incroyable « chevauchée » en Alsace. En quelques heures, une des « chevauchées » digne des plus belles de l’histoire de la cavalerie française
Le 17, Aux Petits-Bans à BERCHE (Doubs), après une préparation de l'artillerie, De LOISY se lance dans une attaque face à un ennemi qui s’accroche dans ses derniers retranchements. Il passe la nuit à ÉCOT (Doubs).
Le 18 novembre, le lieutenant De LOISY est désigné pour diriger le 4e escadron. Le capitaine De LAMBILLY s'est absenté pour obtenir des instructions de l'état-major au PC de la division. Le soir venu, il organise un bivouac, à quelques centaines de mètres de la frontière suisse. Les équipages expriment une forme de désœuvrement de ne pouvoir allumer des feux pour se réchauffer, et ils enragent de demeurer dans le noir alors que tout proche, ils aperçoivent les lumières de la Suisse.
Le capitaine De LAMBILLY de retour, passe à De LOISY puis à chacun des chefs de pelotons les instructions pour le lendemain. « MONTBELIARD est à nous… » DELLE vient de tomber…Nous avons l’ordre de nous trouver demain au Rhin à ROSENAU »
De LOISY exprime sa joie et dit, l’âme en feu,
à son capitaine : « Enfin, on va pouvoir foncer et faire une guerre de
cavaliers ».
À l’aube du 19 novembre 1944, le groupement du chef d’escadrons GARDY auquel appartient l’escadron entre dans l’histoire.
Allô ! Ursule (indicatif du char Lunéville) que commande le capitaine De LAMBILLY, qui s’entend dire : « Il est sept heures quatre et trois… », répond vive « Ici Ursule, compris »
Suivis d’un puissant ronronnement, les quinze chars de l’escadron d’acier, derrière le Lunéville , à cent mètres l’un de l’autre, se déploient vers DELLE, libérée la veille. En milieu de journée, après un retard de plusieurs heures dû à l’encombrement des routes, le groupement débouche de COURTELEVANT (Haut-Rhin). Après un léger piétinement, LOISY, dont l’indicatif est Nicolas, reçoit par radio le message d'Ursule : « Allo ! tous les chars en avant ».
Entre-temps, une section de zouaves s’est jointe au peloton de chars du lieutenant De LOISY, à SEPPOIS (Haut-Rhin), ils apportent un appui au R.I.C.M. (colonel Le PULOCH) accroché par une forte opposition allemande.
Après une lutte d’une bonne demi-heure, le passage est libre, le commandant du groupement, sans s’attarder à nettoyer le village, donne l'ordre de poursuivre la route pour profiter de l'effet de surprise. De LOISY qui n'attend que cela, fonce de nouveau.
Cent mètres avant BISEL, les Zouaves sautent à terre, appuyés par les chars, ils courent vers le village pour protéger les blindés d’éventuels coups de Panzerfaust. La puissance des tirs des chars et la vaillance des Zouaves écœurent les Allemands qui se rendent. De la tourelle de son char, De LOISY tue un Allemand avec sa mitraillette.
La localité de BISSEL passée, nouveaux combats à FELDBACH (Haut-Rhin), et pour ne pas perdre le bénéfice de la surprise, il se dirige sans tarder sur WALDIGHOFFEN (Haut-Rhin). Il fait une véritable hécatombe d'Allemands qui défendent avec acharnement un pont de bois marqué "huit tonnes".
Le pont ne peut effectivement supporter que huit tonnes, alors que son char pèse trente-deux tonnes. Pour De LOISY, il n’est pas question d’attendre l’arrivée du Génie ; il descend de son char, traverse le pont à pied et guide le conducteur pour le lui faire franchir en disant :
« Si l’Austerlitz passe, tous les autres passent… » et, effectivement… tous passent. De LOISY fait alors monter une escouade de zouaves sur les plages arrière des trois premiers chars
Note : Le 8 mai 2009, la commune de WALDIGHOFFEN rendait un hommage au libérateur du Sundgau en donnant son nom au pont de franchissement de l’ILL rénové de la rue du 19 novembre, en souvenir du passage en ce lieu du lieutenant De LOISY.
Sur ce fait, les habitants arrivent, mais le lieutenant De LOISY ne peut pas attendre les congratulations, il donne l’ordre d’un nouveau départ.
À 15 h 45, son peloton d’avant-garde est à OBERDORF. Le capitaine lance à LOISY « Allo !… NICOLAS… Foncez sur 10… » Ce 10, c’est ROSENAU, et c’est le Rhin. « Compris ! » répond le lieutenant, et il ajoute : « Ils sont débordés de partout ! » À quoi le capitaine De LAMBILLY riposte :
« C’est mon impression ! » À fond de culotte, mon vieux Nicolas ! »
L’amusant est que tout l'escadron a entendu, dans la jubilation, cet émouvant dialogue. Nul, hors LOISY, ne savait au juste ce que signifiait ce 10…
Trente minutes plus tard, le peloton est à HUNDSBACH. Il reçoit du chef d’escadron GARDY commandant le groupement, l’autorisation de pousser par HELFRANTZKIRCH sur ROSENAU (Haut-Rhin).
De HELFRANTZKIRCH, via KAPPELEN et BARTENHEIM, détruisant au passage de nombreux véhicules et des groupes d'Allemands, il arrive avec la 2ᵉ section du 2ᵉ Zouaves (Lieutenant FUHR) à ROSENAU.
Il est entre 17 h 15 et 17 h 30, la nuit est tombée, les habitants surpris regardent passer avec étonnement les chars. À hauteur de l'église, l’Austerlitz du lieutenant De LOISY s’arrête, un passant sursaute, il entend distinctement un grand bruit de ferraille, c’est l’organiste du village, il boite, il a perdu une jambe en Yougoslavie, incorporé de force dans l’armée allemande.
De LOISY l’interpelle :
« Sommes-nous à ROSENAU ? »
D’abord, dans son dialecte, puis en français : « Mais qui êtes-vous ? »
« Nous sommes français, nous sommes un détachement de la 1ʳᵉ Armée française », répond le lieutenant De LOISY.
C’est du délire, la population manifeste une joie délirante et fait au détachement un inoubliable accueil.
Les chars Austerlitz, Marengo, Rivoli, Castiglione et Heilsberg, accompagnés par des half-tracks de la 2ᵉ section (3ᵉ compagnie) du 2ᵉ bataillon de zouaves portés (lieutenant FUHR) se portent sur les bords du Rhin.
Après que les chars de la 1ʳᵉ division blindée et du R.C.I.M sont entrés les premiers en Alsace, c’est maintenant au tour du détachement du 4ᵉ escadron, commandé par le lieutenant De LOISY d'atteindre le Rhin, le premier de l’armée française.
S'adressant au lieutenant FUHR. Il ajoute : « Avoir vécu cette chevauchée et mourir sans regrets. C'est un honneur et un privilège pour nous d'être ainsi reçus par vous. Je veux parler des régiments qui marchent à pied. Soyez-en chaleureusement remerciés ! Telles furent les paroles prononcées d'une voix douce et convaincue par le lieutenant De LOISY. Aussi brève qu’elle puisse être ensuite ! Il devait trouver la mort le 23.
Ils traversent le carrefour, faisant signe aux autres chars du 4ᵉ escadron qui arrivent maintenant tous phares allumés. Il ne voulut pas accepter pour lui, en tout cas pour lui seul, les compliments, que dans l’enthousiasme, lui faisait le capitaine De LAMBILLY.
Admiratif du travail effectué par les hommes autour de lui, songeant notamment au cran et au soutien du chef de char du Rivoli, il dit simplement : « C'est LAROCHE qui est un lion. »
De LOISY envoie deux chasseurs auprès du commandement du 4ᵉ l'escadron, avec la mission de lui ramener le fanion de l’escadron. À leur retour, il part avec quelques-uns de ses hommes et trempe symboliquement le fanion dans les eaux du Rhin, renouvelant ainsi les gestes tant des cavaliers du 1ᵉʳ Empire qui, un siècle plus tôt, y firent boire leurs chevaux que des soldats de la 2ᵉ division marocaine en 1918.
À son compatriote bourguignon, l’adjudant-chef MARQUET en lui montrant plus tard le Rhin coulant à leurs pieds, dit : « Ah ! mon vieux MARQUET, pour un officier de cavalerie, voir cela et mourir.
Note : ce fanion décoré de la croix de
guerre avec une citation à l’ordre de l’armée est aujourd’hui dans une salle
d’honneur du 1ᵉʳ régiment de chasseurs (quartier Maginot à
Le 20 novembre 1944, la presse allemande
ayant reconnu que les chars français avaient atteint à ROSENAU la veille :
sources colonel COLLE (déporté à
BURCKENWAL – futur chef d’escadron du 2ᵉ régiment de chasseurs d’Afrique 1954. Bulletin de liaison des vétérans du 2e R.C.A –
Dernier trimestre 2004.
Une photo immortalise
quelques jours plus tard cet événement historique, pour les besoins de la
presse. Celle-ci est prise de jour, alors que le 19 novembre 1944 à 17 h 30, il
faisait déjà nuit.
On ignore l'identité du peloton concerné par la pose.
Alors que les différents détachements s’installent pour passer la nuit à ROSENAU, les opérateurs radio essayent de contacter l’arrière. À 20 heures, ils parviennent à prévenir le chef du 3ᵉ bureau du Command Combat de l’arrivée au Rhin.
À la lecture du message, il n’en croit pas ses yeux et demande confirmation. Une immense joie éclate au sein de l'état-major : le général CALDAIROU commandant le C.C.3, absent (au PC du général TOUZET du VIGIER) n’est informé qu’à 22 heures de la nouvelle. Celle-ci arrivera au général De LATTRE le 20 à 4 heures.
Satisfait, CALDAIROU donne ordre pour la journée du 20 novembre aux deux autres groupements (De LEPINAY et DEWATRE) de rallier par la route, si brillamment dégagée, la zone de KEMBS et le sud de la Hardt.
Laissant les secteurs de SUARCE à la garde des coloniaux (R.I.C.M.) et de SEPPOIS à celle du 6ᵉ régiment de tirailleurs marocains (6ᵉ R.T.M.), en pleine nuit le C.C.3 emprunte la route ouverte par le groupement GARDY et s’installe au matin du 20 novembre à BARTENHEIM.
De BARTENHEIM, la batterie du 2ᵉ groupe du 68ᵉ régiment d’artillerie d’Afrique (unité de soutien du C.C.3 - capitaine CAIRE) va joyeusement expédier la première salve d’obus sur le territoire allemand depuis 1940.
En milieu de matinée, le Command combat estt rassemblé dans la zone SIERENTZ - KAPPELEN à environ une vingtaine de kilomètres au sud de MULHOUSE. « L’escadron d’acier », De LOISY en tête, pressé de courir à de nouveaux « travaux », se dirige vers BLOTZHEIM (Haut-Rhin), pour barrer la route de BÂLE et de NEUF-BRISACH, sur laquelle les Allemands se replient.
Le soir, les pelotons des lieutenants COQUART et de LOISY arrivent aux lisières de MULHOUSE que rejoint dans la nuit l’ensemble de l’escadron . Une nuit d’enfer s’annonce. Les Allemands jaillissent de tous les côtés afin de défendre avec acharnement leurs positions.
Le 21 novembre, LOISY, entre au cœur de MULHOUSE, bien que les rues soient désertes. Des habitants, derrière leur fenêtre, l'accueillent discrètement par crainte des représailles de l'occupant. Les chars, pour tromper les Allemands sur leur nombre, font de nombreux va-et-vient dans les rues de la ville.
Photographie : peloton du 4ᵉ escadron à MULHOUSE.
Le peloton De LOISY débouche dans la rue Sauvage, la traverse et se dirige vers le pont de la Doller. Il le prend sans dommage puis, se lance vers BOURTZWILLER. De partout des projectiles partent dans tous les sens, un tir de Panzerfaust est proche d’atteindre à bout portant le lieutenant De LOISY.
Les combats sont intenses ; l'Austerlitz est subitement immobilisé à cause de la dégradation d'un patin. Les affrontements sont rudes et brutaux. La situation suscite même de l'inquiétude parmi les équipages. Un ravitaillement important en munitions permet au détachement de se dégager et de reprendre le dessus. Toutefois, certain bâtiments restent encore aux mains des Allemands, notamment dans les casernes.
Le 22 novembre, les combats se poursuivent tout aussi violemment, particulièrement à la caserne GOEHORN entre les occupants et le 6ᵉ régiment de marocains du colonel BAILLI. La plupart des Allemands se replient; certains vont parvenir à se réfugier à la caserne LEFEBVRE.
23 novembre 1944. Il faut impérativement se rendre maître
de la caserne LEFEBVRE, l’artillerie
procède à de nombreuses salves d’obus et l’infanterie s’infiltre dans la cour
sous la mitraille allemande qui part des sous-sols et des greniers des
bâtiments.
Dans l'après-midi, la situation est si critique que cinq chars du 4e escadron sont envoyés pour soutenir les tirailleurs. En utilisant le canon, ils creusent une brèche dans l'un des murs de la caserne. L'Austerlitz s'avance, suivi du Rivoli.
De l’emplacement qu’il occupe, sa visibilité est mauvaise,
il craint que les feux soient insuffisants pour dégager les tirailleurs. Dans un
beau geste de fraternité d’armes, il pousse sur la brèche avec son char et
l’élargit afin de pouvoir entrer à l’intérieur de la caserne.
Soutenus par le maréchal des logis LAROCHE sur le Rivoli,
les deux chars ne cessent de tirer tant au canon qu’à la mitrailleuse. À peine
est-il entré que deux coups de Panzerfaust à bout portant atteignent
l'Austerlitz ; le lieutenant De LOISY est tué.
Le brigadier CORMY parvient à s’extraire du blindé, mortellement blessé, il s’écroule près du char. PIGNERO, BENES et et BEVILLON blessés arrivent à s’extirper à leur tour de l'Austerlitz.
L’aide conducteur BEVILLON, sous les balles qui fusent, conduit ses deux compagnons hors du champ des tirs allemands, les ayant probablement sauvés d’une mort inévitable. Il retourne auprès du char, toujours sous le feu ennemi. Il ne parvient cependant pas à retirer le corps mutilé de son lieutenant, il s’attache à recueillir les documents et objets personnels sur la dépouille de son chef.
Une consternation générale envahit le peloton, l’escadron et le régiment à l’annonce de la mort de ce lieutenant adoré de tous. Le lendemain, l’émotion prend de nouveau tous les hommes présents au moment de la messe célébrée par le père SCHNEIDER, aumônier du régiment.
La ville de MULHOUSE et l’État-major du régiment, voulant rendre un hommage au lieutenant De LOISY décident que son char Austerlitz reste dans l’enceinte de la caserne LEFEBVRE, où sera perpétuée, par cette tragique présence, la mémoire de cet officier.
Située dans les rues historiques de la ville de MULHOUSE, la caserne construite de 1874 à 1877 se dressera comme un témoin silencieux du passé militaire et de l’histoire de la ville. Abandonnée et en friche pendant plusieurs décennies, elle fut réhabilitée en logement en 2011. Au milieu de ce quartier rénové, le char Austerlitz est toujours là, ravivant l’hommage appuyé de la ville à son héros le lieutenant De LOISY et au souvenir des combats des unités présentes le 23 novembre 1944.
Un second symbole en mémoire : du lieutenant De LOISY à ROSENAU, en 1968, un char Sherman a été offert à la commune en reconnaissance de la « fraternité d'armes franco-américaine » par les États-Unis. Ce char, devenu mémorial, a été baptisé « Jean de LOISY ».
Un autre moment fort de l’histoire du mémorial : la venue, le 19 juillet 2008, des élèves officiers du 2ᵉ bataillon de SAINT-CYR COËQUIDAN qui avaient choisi le lieutenant De LOISY comme parrain de leur promotion (194ᵉ). (2007-2010)
Nécropole nationale de THIEFENGRABEN – Les VALLONS (sépulture 105 du lieutenant De LOISY).
Les villes d'ARCEAU et DIJON (21) - WALDIGHOFFEN - MULHOUSE - KAPPELEN - FRANKEN et ROSENAU (68). Honorent également la mémoire de De LOISY en érigeant des plaques commémoratives, en attribuant son nom à un pont, une rue ou un bâtiment.
ROSENAU: Mémorial.- ARCEAU::Monument aux morts - KAPPELEN: Plaque commémorative
LIEUTENANT CARRELET De LOISY.
REFRAIN.
France, nous répondrons à ton
appel,
Ô Loisy, nous vous serons fidèles ;
Anobli par votre élan,
Que le nom de Saint-Cyr claque au vent !
Cour du château de Fontainebleau (Seine-et-Marne) Escaliers d'Honneur (Fer à Cheval)







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