Le 18 novembre, le 2ᵉ régiment de chasseurs d’Afrique est à FRIESEN.
Ce n’est que le 26 novembre 1944 que FRIESEN sera totalement libérée.
Photographie d'un Jagdpanther mis hors de combat par le détachement. Sources. BOEGLEN Yves.
Actualisation novembre 2025.
Rester en vue de façon permanente avec le véhicule qui nous précède. Se garer le mieux possible aux arrêts afin de laisser le maximum de place aux véhicules appelés à nous doubler et enfin se tenir prêts pour une intervention armée dès le lever du jour
Petite allure. Nous roulons lentement. Il fait toujours aussi froid, nos chars n’utilisent que les yeux de chat pour éclairer la route qui est heureusement bien droite et beaucoup plus large que celle empruntée la veille. Il n’y a plus de dérapages et d’incidents. On pourrait croire que nos chars se sont habitués aux routes verglacées, car ils restent docilement sur la chaussée.
À un moment, j’aperçois sur ma route une ville illuminée ! J’en suis surpris.
Cette ville ne peut être qu'en SUISSE, pays non-belligérant, puisqu'en FRANCE, il y a longtemps que nos villes ont supprimé l’éclairage urbain. De toute évidence, nous longeons de très près la frontière SUISSE, et la ville que nous apercevons est assurément « BALE ».
Nous continuons de rouler doucement. Nous nous arrêtons souvent, parfois pendant près d’une heure, et la nuit passe ainsi jusqu'à ce que nous nous'enfoncions dans une forêt alors que le jour arrive.
Nouvel arrêt : Descendu du char et ayant besoin de m’isoler, je m’écarte
des véhicules dont les moteurs tournent toujours. J’entends alors
distinctement le bruit de la canonnade. Aucun doute n'existe, nos collègues
artilleurs sont en train de se réchauffer. Les veinards !
Je viens le dire à mon équipage et au chef de mon char de pointe : Gilbert LEROY (char : LOUP).
Le convoi redémarre et nous sortons enfin de cette forêt. La route, à cet endroit, descend lentement vers un village qui ne peut être qu’alsacien.
En effet, un peu plus loin, un panneau nous apprend que ce village est FRIESEN, premier village alsacien que nous atteignons. Des crépitements de mitrailleuses accompagnés d’éclatements d’obus sont proches.
Il m’est demandé alors d’assurer la sécurité du carrefour situé à l’entrée du village de FRIESEN que nous venons de franchir.
Nos deux chars s’installent alors pour protéger le carrefour pendant que le restant de la colonne continue d’entrer progressivement dans le village.
NOTE : Le groupement de LEPINAY s’est heurté à une première résistance
ennemie à LEPUIX que l'escadron du lieutenant de NAUROIS (1ᵉʳ escadron) a dégagé rapidement. Une
dizaine de prisonniers retenus, et la progression s’est poursuivie vers la vallée de la LARGUE.
À FRIESEN, le groupement s’est opposé à de vives confrontations ; au milieu de l'après-midi, il est parvenu à surmonter une nouvelle fois la résistance allemande. Toutefois, il n'a pas pu déboucher de FRIESEN sur LARGITZEN, car les pentes à l'est de la LARGUE sont défendues par des engins antichar habilement camouflés.
La nuit tombant vers 18 heures oblige le commandant du
groupement à remettre l'action de force au lendemain. Vers 23 heures, le
commandant du détachement capte un télégramme annonçant que le groupement GARDY
qui opère plus à l'est, a atteint le RHIN.
Nous observons les environs du village et en particulier une petite colline située au sud de l’endroit où nous nous trouvons et sur laquelle se trouve une ferme environnée de végétation. Rien, tout est calme et la fusillade nous paraît maintenant plus éloignée.
Il y a un « gasthaus » (restaurant bar) tout près des chars et il me semble y avoir vu des consommateurs.
Nous y repérons trois à quatre personnes qui ne nous paraissent pas
particulièrement heureuses de nous voir, ce qui nous étonne un peu.
Le régiment colonial de chasseurs de chars et le 6ᵉ régiment de tirailleurs marocains, omniprésents dans ces combats de FRIESEN et de LEPUIX.
Nous consommons chacun un petit verre de vin d’ALSACE, mais le patron refuse
assez sèchement notre argent français à notre grand étonnement. C’est peut-être
une façon comme une autre de nous offrir ces verres de vin !
Nous regagnons
rapidement nos chars, car des zouaves viennent d’arriver.
À peine sont-ils arrivés près de nos chars qu’ils sont pris à partie par des Allemands cachés dans la ferme de la colline.
Pour les Allemands, cette ferme était un observatoire idéal. Elle surplombait le village dont elle est éloignée d’environ 300 mètres. Construite sur cette petite colline, elle dominait également les deux voies d’accès au village.
Ces Allemands ne s’étaient pas manifestés à la vue de nos chars, car ils ne
pouvaient pas les atteindre sérieusement sans canon anti-char, mais maintenant,
ils s’en donnent à cœur joie sur nos pauvres zouaves qui doivent se
mettre à l’abri de nos chars.
Certains montent dessus et, à l’abri derrière la tourelle, ils nous indiquent les endroits où les Allemands se terrent.
Cela devient un exercice de tir. Tout y passe, la mitrailleuse de capot,
celle de la tourelle et celle de D.C.A. Toutes crachent le feu.
POISSON (Mon tireur), guidé, encouragé et félicité par un des zouaves qui lui indique ses objectifs, fait de très beaux cartons avec son canon de 37 mm
On aperçoit les Allemands sur le point de quitter leurs abris.
Un autre zouave vient alors me dire qu’il y a des Allemands, dans une autre ferme située à notre droite et tout proche de nous, qui tirent sur son groupe. Avec la mitrailleuse de chef de char, j’envoie de longues rafales dans le grenier, visant toutes les ouvertures. Personne n’en sort, les balles traçantes de la mitrailleuse ont brûlé le fourrage entreposé dans le grenier et… la maison brûle.
Le cœur serré, nous voyons, les habitants, équipés d’une pompe d’incendie d’un autre temps,
tenter en vain d’éteindre le feu.
Les Allemands de la colline ne tirent plus, tout paraît calme, aussi j’appelle
par radio mon chef de peloton pour lui dire que nous partons constater le
résultat de nos tirs.
Nous prenons la route de HINBLINGEN, petite localité proche de FRIESEN, qui doit nous permettre d’atteindre l’endroit d’où les Allemands nous ont pris à partie.
Nous roulons sur environ
deux à 300 mètres et nous tombons sur deux petites tranchées barrant la route.
Elles sont destinées à recevoir des mines anti-char ; heureusement, elles sont
vides.
Les Allemands n’ont pas eu le temps d’en placer. Tant mieux. Cela indique qu’ils ne nous attendaient pas de sitôt.
Nous contournons rapidement la ferme, nous nous arrêtons et nous n’avons pas le temps de constater les dégâts que nous avons infligés aux Allemands. Mon chef de peloton, étonné sans doute par ma manœuvre, me demande de reprendre immédiatement notre place au carrefour.
Des Panzerfaust également abandonnés un peu partout. Des traces de sang, mais aucun blessé ou mort récupéré.
Certes, entre notre accrochage et l’arrivée du peloton DELRUE, il s’est écoulé plus d’une heure pendant laquelle les Allemands ont peut-être eu le temps d’évacuer éventuellement leurs blessés et leurs morts.
SOURCES : Mémoires PENICHOT Robert (1919-2008) 1er
escadron. Association des anciens et de l’Amicale des vétérans du 2ᵉ régiment de chasseurs d’Afrique : Bulletin de l’Association, septembre 2006.
"J’avais été très étonné par le comportement des consommateurs du « Gasthaus » et par le fait que, dans l’après-midi même de ce 19 novembre, notre ravitaillement tombait dans une embuscade à l’entrée de FRIESEN que nous avions quittée dans la matinée.
Je pensais qu’il y avait quelque chose de louche aussi. Pour le quarantième anniversaire de la libération de MULHOUSE, j'y suis retourné avec quelques camarades avec lesquels j’avais décidé de créer notre amicale.
Je voulais savoir ce qui s’était comploté après l’incendie de la ferme que nous avions inopinément incendiée.
Le "gasthaus" est devenu un restaurant. Nous y avons été bien
reçus, beaucoup mieux que ce 19 novembre 1944, mais nous n’avons rien pu
obtenir sur la libération elle-même.
Nous avons retrouvé la ferme apparemment reconstruite et dont les occupants étaient nouvellement installés. Ils n’habitaient pas à FRIESEN à cette date-là.
Je n’ai toujours pas compris pourquoi les consommateurs du "Gasthaus" avaient marqué une telle indifférence à notre arrivée alors que, dans tous les autres villages, c’était une explosion de joie. Y avait-il des Allemands cachés dans le "Gasthaus" lorsque nous sommes entrés ?"
SOURCES : Mémoires PENICHOT Robert (1919-2008), 1ᵉʳ escadron. Association des Anciens et de l’Amicale des vétérans du 2ᵉ régiment de chasseurs d’Afrique — Bulletin de l’Association, septembre 2006.
Jagdpanther des rues de FRIESEN – OFNWORK – char victime du groupement CHARLES – Régiment colonial de chasseurs de chars lors des combats dans le village.








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