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20241219

1944.11.27 . BERNWILLER.

Cimetière de BURNHAUPT et stèle commémorative route de BERNWILLER.

"Ici reposent mêlés dans la mort comme ils le firent au combat cinq jeunes héros de l'Armée d'Afrique tombés glorieusement pour la libération de l'ALSACE le 27 novembre 1944 – 1ᵉʳᵉ division blindée, 2ᵉ régiment de chasseurs d'Afrique – Sources : www. Mémorial Gen web.

Actualisation octobre 2025.

27 novembre 1944 au matin. Le peloton GODARD laissé en appui à ZILLISHEIM rejoint le reste du 3ᵉ escadron.

Pendant quatre jours, il essuya de violents tirs de Minen et d'armes automatiques à balles explosives. Lors de ses affrontements, le maréchal des logis Émile ADRIAN affecté sur l'un des chars a été blessé.

Dans l'après-midi, son escadron reçoit la mission de se rendre à BERNWILLER. 

Le peloton BERNARD progresse par la droite dans l'axe GALFINGUE-SPECHBACH-LE-HAUT-BERNWILLER.

Les pelotons GODARD et CHEVALLIER suivent quant à eux un itinéraire plus direct.

À 13 heures, les pelotons accompagnés d'un détachement de zouaves sont accueillis dès la première crête par quelques rafales de 88, des explosifs qui mettent à mal les fantassins. 

Le détachement obligé de s'arrêter sollicite, l'artillerie qui arrose copieusement le village.

L'ennemi n'ayant plus apparemment de réactions, les pelotons avancent prudemment vers BERNWILLER, tout en mitraillant de tous ses tubes. Ils pénètrent dans les premières rues à travers un épais rideau de fumée : les maisons des lisières flambent.

De toutes parts derrière surgissent les habitants qui viennent les acclamer, alors que la mitraille se poursuit systématiquement par crainte des Panzerfaust.

Par un hasard dû aux manœuvres, le char Alsace (Aspirant CHEVALLIER) se trouve en tête du détachement. Autour de lui, c'est une foule en délire.

Devant la dérobade allemande. Le chef d'escadrons DEWATRE commandant le groupement, décide de poursuivre les fuyards malgré la nuit proche, tout en souhaitant gagner le prochain village, BURNHAUPT-LE-BAS.

Il faut faire vite, les chars foncent sur la route : dans l'ordre, l'Alsace (CHEVALLIER), le Morbihan (MICHAUD), le Gascogne (REYNET), le Moselle (ROSSI), le Savoie (DARNEAU), le Roussillon (GODARD-SALETES), le Touraine (JAMET) et un peloton de Tank Destroyers (T.D).

Un kilomètre se passe sans incident, puis on entend à la radio : "Allô lieutenant GODARD de CHEVALLIER, des coups tombent devant moi, cela doit être notre artillerie qui tire trop court, veuillez les prévenir."

"Allô, CHEVALLIER, les tirs d'artillerie ne sont pas déclenchés, observez bien"…

"Allô à tous de CHEVALLIER, ça y est, vu ! On me tire de la gauche à 2 000 mètres, concentration de feux.

D'une crête sur la gauche s'allument des éclairs de départs, dans la fumée qu'ils crachent, une silhouette massive des automoteurs apparaît…

"Allô de JAMET, on nous tire aussi du bas du clocher du petit village sur notre gauche.

À 600 mètres est embossé un automoteur, la colonne  de chars s'est immembourbée, toutes les tourelles sont à gauche et crachent tout leur feu.

D'un seul coup, le Morbihan est touché et explose. De toutes parts, les obus pleuvent.

Beaucoup de coups sont au but, mais on les voit toutefois ricocher dans une gerbe d'étincelles. De gigantesques flammes s'élèvent brusquement de l'Alsace, il vient lui aussi d'être touché.

Dans les chars, c'est un enfer, les chargeurs enfournent les obus à toute vitesse, ruisselant de sueur ; les mitrailleuses sont rouges. C'est au tour des chars Savoie et Roussillon d'être pris pour cible. Si les deux chars sont touchés, tout le reste de la colonne aura sa retraite coupée. De plus, le tout-terrain est détrempé et il n'est pas question de quitter la route. Il n'est plus question d'avancer.

La radio : "Tirez vos fumigènes, embossez-vous aux lisières du village…" 

Un écran de fumée s'élève progressivement devant les chars, les automoteurs continuent à tirer au hasard. Sous le tir des explosifs, les chefs de chars à pied guident les engins en marche arrière. Le repli. La nuit tombe, on aperçoit au loin, devant, les lueurs rougeoyantes des deux malheureux chars qui flambent toujours.

Le calme revient, les rescapés rejoignent le détachement de chars. Hélas, ils ne sont que deux (GARCIA R. et IBANEZ) ; ils signalent qu'il y a un blessé par terre à côté de l'Alsace. FERRER, IBANEZ et le chef JAMET y retournent en rampant : c'est MONSO qui est là dans le fossé, une jambe arrachée, désespéré, cherchant à se tuer avec son colt qui, heureusement, s'est enrayé.

NOTA : l'aspirant CHEVALLIER Jacques Marie. (1921-1944). BARDOUIL Jean (1925-1944). CARRIERE Roger Louis (1920-1944). CHARLET Édouard Jean-Baptiste (1921-1944). MICHAUD Louis André (1918-1944). MUNOZ Diego (1922-1944) sont calcinés à l’intérieur de l’Alsace et du Morbihan.

Ils seront inhumés, à l’exception de MICHAUD (seul corps identifié / remis à la famille), dans une sépulture commune au cimetière de BURNHAUPT.

Le lendemain, le groupement vengera les équipages de l’Alsace et du Morbihan en matraquant les fuyards jusqu’à BURNHAUPT LE HAUT.

Il s'agissait, de plus, du même groupe d'Allemands qui, le 25 novembre au soir, était à GALFINGUE

Sources : Robert PENICHOT – Membre du 1ᵉʳ escadron – Président et fondateur de l’association des anciens et de l’Amicale des Vétérans (bulletin de juillet 1991 de l'association des Vétérans du 2° R.CA.).

NOTE : en septembre 1998 : MONSO André (1921-2003) qui, grâce à la solidarité et au courage de ceux qui sont allés le chercher près de son char, est revenu avec l’aide de son frère sur les lieux du drame pour la première fois depuis 1944.

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