Situé à quelques encablures à l'ouest d'Oran, Mers El Kéb fut longtemps un petit port de pêche.
Son emplacement est privilégié, protégé par un abri naturel ; il offre de surcroît des fonds marins d'une trentaine de mètres.
En 1935, la France va construire l'une de ses principales bases navales. Les 3 juillet 1940 et 8 novembre 1942, le port de Mers El Kébir entre dans l'histoire.
Actualisation 30 avril 2023.
3 juillet 1940 – Rade de Mers El Kébir (Algérie).
La flotte française
stationnée en Afrique du Nord qui refuse de céder à l’ultimatum anglais qui lui
propose de gagner soit un port britannique soit un port neutre est coulée sur
place par les Anglais.
Un petit nombre de
navires parviendra ultérieurement à rejoindre Toulon.
8 novembre 1942 – Casablanca (Maroc). Oran : Mers el Kébir – Alger (Algérie).
Les forces
anglo-américaines (200 bâtiments de guerre, 110 navires de transport, 107 000
hommes et une importante couverture aérienne) entendent s’emparer de
l’Afrique du Nord : opération Torch.
NOTE :
Opération TORCH
Les
conséquences heureuses de ce débarquement permirent à la France de voir sa
petite armée d’armistice se transformer en 1ʳᵉ Armée française,
appelée aussi Armée d’Afrique, grâce à la mobilisation de tous les Français
d’Afrique du Nord et à l’arrivée des évadés de France.
Comment
oublier l’équipement moderne que les Américains vont lui fournir pour
moderniser l’Armée.
Cette
transformation va influer un moral de revanchard et de vainqueur qui étonna non seulement les Américains en Italie, mais également les Allemands eux-mêmes partout
où elle va combattre.
Ce fut un
tournant important de la guerre, puisque les Allemands et les Italiens chassés
d'Afrique du Nord en mai 1943 vont subir peu après l’invasion des armées
alliées, dont l’armée du maréchal JUIN qui va se couvrir de gloire, en Italie.
Le dimanche 8 novembre 1942, le 4ᵉ escadron du 2ᵉ RCA auquel je venais d'être affecté était stationné à Ain Témouchent,
agréable petite ville d’Oranie.
J’étais
sous-officier de semaine et je me préparais à rejoindre le quartier aux
environs de sept heures du matin quand un agent de liaison arriva à mon
domicile, tout essoufflé, m’annoncer que les Américains avaient débarqué au
Maroc, à Oran et à Alger.
J’avais déjà revêtu ma tenue du dimanche (culotte de cheval et bottes) ; aussi, je ne me changeai pas pour rejoindre immédiatement le quartier.
J’ai immédiatement pensé que c’était une guerre qui commençait. En effet, l'armée française qui avait reçu la mission de défendre les possessions françaises d'Afrique contre tout envahisseur ne pouvait pas, sans perdre son honneur, refuser le combat, même si de cœur elle avait une très grande sympathie pour les Américains.
Nos officiers arrivèrent peu après et notre capitaine, ayant reçu sans doute des ordres, décida de défendre AinTémouchent.
Nouvellement affecté à l’escadron, je ne connaissais pas grand monde et, lorsque j'ai reçu l’ordre d’aller défendre la sortie nord de la ville avec un groupe F.M., je fis alors la connaissance d’ANTONI Mathieu, qui était le chef du groupe F.M. Il était, je crois, brigadier ou brigadier-chef. Je sympathisai immédiatement avec lui.
Arrivés à la sortie de la localité, à l'endroit que l'on nous avait désigné, ne trouvant pas cette position propice pour notre mission, nous changeâmes d’emplacement pour nous installer hors du village afin d’avoir des vues et des possibilités de tirs plus étendu vues et des possibilités de tirs plus étendus, et nous attendîmes les événements.
En attendant, l’escadron avait reçu de nouveaux ordres notamment se porter à Ain El Arba, l’agent de liaison chargé de nous apporter l’ordre de rejoindre l’escadron ne nous trouva pas de suite, ce qui nous valut les reproches justifiés du lieutenant qui avait fixé notre emplacement.
Arrivé sur place, je reçus l’ordre d’installer notre F.M. derrière des meules de paille qui nous masquaient des vues d’observation et de tirs efficaces, ce que j’acceptai mal, et cela provoqua une nouvelle altercation avec l'officier de réserve.
Pendant trois jours, nous attendîmes de pied ferme les Américains
qui, heureusement, ne vinrent pas.
Seuls, quelques avions américains nous survolaient. Nous les
prenions pour cibles avec notre armement individuel… mais évidemment sans
résultat !
Nous espérions, bêtement, nous frotter aux Américains quand, le
troisième jour, une AM. M8 (automitrailleuse américaine) ayant à son bord un
officier portant un drapeau blanc, vint nous informer que la guerre était
terminée.
Depuis la veille et que le général GIRAUD, notre commandant en chef,
nous priait de rejoindre nos casernements.
AM-M8 Musée de la résistance.
C’est ainsi qu’à la fois penauds, mais satisfaits, nous
rejoignîmes notre cantonnement d'Aïn Témouchent.
Une
épreuve nous y attendait… En effet, nous dûmes déposer toutes nos
armes sur une bâche dans un garage extérieur au quartier et rester consignés
dans ce dernier.
Ce fut très dur à
accepter.
Nous n’avions donc pas combattu, et notre fierté atteinte, car nous
avions appris que les autres escadrons du régiment avaient été engagés
particulièrement à Miserghin et à Sainte Barbe du Tlétat.
Nous avions perdu plusieurs chars (notre camarade DENIER Paul son premier char) et de nombreux et tués dont deux de nos officiers les capitaines HAPETTE et DUBUISSON.
Cimetière sur les hauteurs de Mers El Kébir.
NOTE : SAINT-MARTIN HAPETTE (1904-1942) (base nominative des décès du régiment, rubrique du blog).
DUBUISSON (Le site Mémoires des hommes du ministère de la Défense ne mentionne pas le nom de cet officier mort au sein du régiment- ).
Heureusement, notre consigne ne dura pas. Dix jours plus tard,
notre armement nous fut rendu et nous partîmes pour la Tunisie combattre les
Allemands et les Italiens, côte à côte avec les Americans.
De gauche à droite : FABRE 3ᵉ – SAUTERON Marcel 5ᵉ – FLOUS René 7ᵉ – Trois chasseurs identifiés. Photo 1942
Notre matériel et notre armement étaient vétustes.
Faute d’essence, nos camions que nous activions avec de
l’alcool avant le débarquement, acceptèrent difficilement leur carburant
d’origine et les pannes d’alimentation étaient nombreuses.
Si notre armement individuel était relativement bon, l’armement
collectif tel que la mitrailleuse Hotchkiss était plutôt démodée à côté des
mitrailleuses allemandes MG ou américaines de 30.
Quant à notre habillement, il n’avait guère changé depuis la
guerre de 1914/1918.
SOURCES : Mémoires de PENICHOT Robert (membre du 1ᵉʳ escadron, président, fondateur de l'association des Anciens et
de l’Amicale des vétérans du 2ᵉ régiment de chasseurs d'Afrique) – Bulletin de l’Association, janvier 2003.